5  L’adhésion à l’Institut canadien des actuaires

Date de création

5 janvier 2026

Dernière modification

10 février 2026

Objectifs du chapitre

  • Situer la formation actuarielle canadienne dans son contexte institutionnel et historique.
  • Décrire le parcours de qualification en actuariat au Canada, depuis la formation universitaire jusqu’à l’obtention des titres professionnels.
  • Expliquer la distinction entre les examens préliminaires et les examens avancés, ainsi que leur rôle respectif dans la formation des actuaires.
  • Présenter les principales réformes récentes du système de qualification et les motivations qui les sous-tendent.
  • Décrire les exigences professionnelles associées à l’accès au titre de Fellow, incluant la formation en professionnalisme et l’expérience pratique.
  • Discuter, de manière nuancée, des enjeux liés à l’évolution possible du modèle de formation actuarielle, notamment le rôle des universités et la place des examens avancés.

5.1 Retour sur le dernier chapitre

Il est difficile de ne pas remarquer un certain décalage historique dans la formation actuarielle en Amérique du Nord. Alors que des professions comme le droit, la médecine ou le génie ont depuis longtemps intégré la formation universitaire comme voie quasi exclusive d’accès à la profession, l’actuariat est longtemps demeuré fondé sur un système d’examens professionnels externes. Autrement dit, on ne devient pas ingénieur en réussissant une série d’examens à distance organisés par une association professionnelle, ni médecin en accumulant des crédits d’autoformation suivis d’évaluations en ligne. Pourtant, pendant des décennies, c’est essentiellement sur ce modèle que s’est structurée la formation actuarielle.

Ce choix s’explique en partie par l’histoire de la profession et par le fait que l’actuariat s’est développé en marge des universités. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un modèle relativement conservateur, qui a retardé l’intégration pleine et entière de l’actuariat au système universitaire, contrairement à ce qui s’est produit dans plusieurs autres disciplines professionnelles. On pourrait donc dire, avec un brin d’ironie, que l’actuariat nord-américain a longtemps fait preuve d’une grande rigueur… mais d’une certaine lenteur lorsqu’il s’agissait d’admettre que l’université pouvait aussi être un lieu légitime de formation professionnelle.

Ce constat n’est pas qu’un simple détail historique. Il a eu des conséquences concrètes, et continue d’en avoir. Dans un prochain chapitre consacré à la recherche scientifique en actuariat, on verra à quel point les sociétés d’actuaires ont, pendant plusieurs décennies, freiné le développement de leur propre science.

5.1.1 Universités et examens professionnels

L’histoire récente de la formation actuarielle en Amérique du Nord est marquée par une coexistence durable — parfois tendue — entre la formation universitaire et le système d’examens professionnels administrés par les sociétés d’actuaires, principalement la Society of Actuaries (SOA) et la Casualty Actuarial Society (CAS). À certaines périodes, des divergences importantes entre ces deux associations quant au contenu et à l’orientation des examens ont eu pour effet de forcer les étudiants en actuariat à prendre position quant à la société dont ils souhaitaient suivre le parcours d’examens.

Il est néanmoins possible de dresser un aperçu synthétique, par décennies, de cette évolution afin de mieux comprendre la structure actuelle de la formation et de la qualification professionnelles en actuariat. Avant d’aller plus loin, il est important de distinguer deux catégories d’examens professionnels en actuariat.

  1. Les examens préliminaires portent principalement sur les fondements mathématiques et probabilistes de la discipline. Ils correspondent aux cours de formation de base, au tronc commun actuariel et aux cours avancés de premier cycle présentés dans le premier chapitre. Ces examens ont donc toujours été étroitement liés à la formation universitaire de premier cycle, tant par leur contenu que par les compétences évaluées. Depuis 2020 environ, la réussite de tous les examens préliminaires donnent le titre d’associé.

  2. Les examens avancés en actuariat portent sur des domaines spécialisés de la pratique professionnelle (assurances collectives, régimes de retraite, gestion du risque, normes de pratique, professionnalisme). Les cours optionnels du baccalauréat vus au chapitre 1 peuvent servir de porte d’entrée à ces domaines, mais ils ne constituent ni une équivalence ni une validation formelle des examens avancés. Comme nous le verrons, alors que les universités ont été de plus en plus intégrées à la formation des actuaires, cela ne touche que les examens préliminaires.

5.2 Examens préliminaires

Les examens préliminaires en actuariat, tant pour la Society of Actuaries (SOA) que pour la Casualty Actuarial Society (CAS), portent principalement sur les fondements mathématiques et probabilistes de l’actuariat. Ils couvrent notamment les probabilités, la statistique mathématique, la théorie du risque, les mathématiques financières, les processus stochastiques, ainsi que des bases de modélisation actuarielle et d’économie financière. Le contenu est volontairement abstrait et technique, relativement indépendant des contextes réglementaires ou sectoriels.

L’objectif principal de ces examens est de vérifier la maîtrise du socle quantitatif commun à toutes les branches de l’actuariat, d’assurer une sélection académique rigoureuse, et de garantir que les candidats possèdent les outils analytiques nécessaires pour aborder, par la suite, des problématiques actuarielle plus appliquées ou spécialisées (assurance vie, assurances IARD, retraite, finance, etc.). Ces examens servent donc moins à former des praticiens qu’à certifier une capacité formelle de raisonnement mathématique et probabiliste.

Si on fait un lien avec le programme d’actuariat de l’UQAM, on parle principalement du contenu des cours des trois catégories:

  • Les cours de formation de base ;
  • Le tronc commun actuariel ;
  • Les cours avancés en actuariat.

5.2.1 Années 1990 : la formation « en double »

Syllabus de la SOA en 1990

Dans les années 1990, la trajectoire typique d’un actuaire nord-américain — et plus particulièrement au Québec — reposait sur une double exigence. Les étudiants complétaient un diplôme universitaire de premier cycle en actuariat, ou en mathématiques avec concentration en actuariat, tout en préparant simultanément les examens préliminaires de la Society of Actuaries (SOA) ou de la Casualty Actuarial Society (CAS). Cette organisation entraînait une redondance importante entre la formation universitaire et les examens professionnels : plusieurs notions étaient enseignées à l’université, puis réévaluées, parfois presque à l’identique, dans le cadre des examens. L’université jouait alors principalement un rôle de soutien pédagogique, tandis que la reconnaissance professionnelle demeurait entièrement contrôlée par les sociétés d’actuaires.

Les taux de réussite historiques aux examens préliminaires étaient de l’ordre de 30% à 40% des candidats. Cette situation pouvait être source de frustration pour certains étudiants, notamment lorsqu’ils avaient réussi le cours universitaire correspondant à un examen, mais échouaient néanmoins à l’examen professionnel associé. Ainsi, à la suite de l’obtention d’un diplôme universitaire, un diplômé en actuariat entrait fréquemment sur le marché du travail dans le domaine, tout en devant encore compléter certains examens préliminaires, et ce avant même de pouvoir entreprendre les examens avancés de la SOA ou de la CAS.

A droite, on peut voir un extrait d’un syllabus d’examen de la CAS de 1990. L’encadré en rouge correspondait aux examens préliminaires. On peut aussi constater que la réussite de tous les examens préliminaires n’était pas suffisant pour obtenir le titre d’associé de la CAS.

Création du baccalauréat en actuariat de l’UQAM

C’est dans ce contexte que mon collègue Claude Pichet a créé le baccalauréat en actuariat de l’UQAM en 1997, avec l’idée structurante de mettre en place une formation universitaire explicitement centrée sur la réussite des examens professionnels en actuariat. Le programme comportait ainsi des cours conçus pour préparer au format même des examens, c’est-à-dire la résolution d’une série de problèmes dans un temps limité. On retrouvait notamment un cours préparant à l’examen P (probabilités), un cours préparant à l’examen FM (mathématiques financières), ainsi que d’autres cours alignés sur les exigences des examens préliminaires.

5.2.2 Années 2000 : introduction des VEE et structuration universitaire

Le labyrinthe de la CAS

Au début des années 2000, la Society of Actuaries (SOA) introduit officiellement les Validation by Educational Experience (VEE). Ces validations permettent aux universités reconnues de faire approuver certains cours comme équivalents à des exigences professionnelles, notamment en statistiques, en économie et en finance. Bien que les universités commencent ainsi à être impliquées dans la formation des actuaires, le système reste quand même très difficile à comprendre, tel qu’on peut le voir avec le chemin proposé par la CAS.

À la suite du succès relatif des VEE, l’Institut canadien des actuaires (ICA) amorce à son tour une réflexion sur la formation des actuaires au Canada. Cette réflexion porte moins sur le contenu disciplinaire — déjà bien établi — que sur la question institutionnelle de la responsabilité de la formation et de la qualification professionnelles. En effet, cette situation met en évidence un fait structurel important : la formation professionnelle des actuaires canadiens repose alors largement sur des sociétés d’actuaires américaines, soit la SOA et la CAS, plutôt que sur des organismes canadiens. Les décisions relatives aux parcours d’examens, aux contenus évalués et aux exigences de qualification sont donc prises à l’extérieur du Canada, malgré le développement croissant de programmes universitaires canadiens en actuariat.

5.2.3 Années 2010 : reconnaissance universitaire accrue

Dans les années 2010, la collaboration entre les universités et les sociétés d’actuaires s’intensifie. Les universités nord-américaines offrent désormais des programmes en actuariat plus structurés, intégrant notamment :

  • des cours explicitement reconnus dans le cadre des VEE ;
  • des parcours optimisés pour la préparation aux examens préliminaires ;
  • une professionnalisation accrue dès le premier cycle universitaire.

Dans ce contexte, pour les personnes ayant débuté un programme d’actuariat dans une université agréée à compter de l’automne 2015, l’Institut canadien des actuaires permettait de se faire créditer l’équivalent de certains examens préliminaires de la SOA et de la CAS, sous réserve de l’obtention d’une note jugée suffisante. Ce mécanisme, appelé programme d’agrément universitaire (PAU), visait à reconnaître formellement une partie de la formation universitaire. À titre illustratif, le tableau ci-dessous présentait la liste des cours obligatoires dans le cadre de l’agrément par cours de l’ICA.

Malgré cette reconnaissance accrue, la compréhension du système d’examens demeurait souvent difficile pour les étudiants. L’administration de ces cours par les universités et les professeurs était également lourde, d’autant plus que le dispositif reposait sur la philosophie d’imiter la forme et la sélectivité des examens préliminaires. Ainsi, afin de reproduire des taux de réussite comparables aux taux historiques des examens — de l’ordre de 30 % à 40 % des candidats, comme nous l’avons vu — il ne suffisait pas de réussir un cours universitaire : l’obtention d’une note minimale précise, telle qu’indiquée dans le tableau, était requise.

Dans la même optique, les évaluations écrites devaient représenter plus de 80 % de la note finale, limitant les travaux pratiques à environ 20 %. Une telle répartition apparaît problématique, dans la mesure où l’actuariat est une discipline fondamentalement appliquée et où l’un des principaux avantages de la formation universitaire réside précisément dans la diversité des modes d’évaluation possibles, incluant des projets, des analyses de données et des travaux de synthèse.

Équivalences entre examens SOA/CAS et cours universitaires
Examen.SOA.ou.CAS Cours Titre.du.cours Note.minimale
P / 1 MAT1700 Probabilités I B
SRM #1 STT5100 Modèles linéaires appliqués B
SRM #2 ACT6100 Analyse de données en actuariat B
FM / 2 #1 ACT1200 Mathématiques financières I B+
IFM / 3F #1 ACT4310 Mathématiques de la finance actuarielle I B
IFM / 3F #2 ACT5310 Mathématiques de la finance actuarielle II B
LTAM #1 * ACT3300 Mathématiques de l’assurance de personnes I B
LTAM #2 ACT4300 Mathématiques de l’assurance de personnes II B
LTAM #3 ACT6051 Modèles actuariels en assurance de personne B
STAM #1 ACT2060 Applications probabilistes des risques actuariels B+
STAM #2 ACT3400 Distribution de sinistres B
STAM #3 ACT4400 Modèles de survie B
STAM #4 ACT5400 Crédibilité B
Complexité supplémentaire pour les étudiants

La Casualty Actuarial Society (CAS) reconnaissait le Programme d’agrément universitaire (PAU) de l’Institut canadien des actuaires (ICA). Ainsi, un étudiant qui optait pour cette voie pouvait devenir Associé de la CAS (ACAS) et de l’ICA (AICA) en complétant les autres exigences requises. Par la suite, en réussissant les examens avancés, cet étudiant pouvait accéder au titre de « Fellow » de la CAS (FCAS) et de l’ICA (FICA).

Pour sa part, la Society of Actuaries (SOA) ne reconnaissait pas le PAU de l’ICA. Par conséquent, un étudiant qui suivait cette voie ne pouvait devenir associé que de l’ICA (AICA), avant d’accéder éventuellement au titre de « Fellow » de l’ICA seulement. Il pouvait néanmoins travailler aux États-Unis en vertu d’une entente de réciprocité entre l’ICA et l’American Academy of Actuaries (AAA), organisme dont l’adhésion est requise pour signer un rapport actuariel aux États-Unis. Toutefois, l’absence de reconnaissance par la SOA constituait une contrainte importante dans le parcours professionnel nord-américain.

5.3 Système actuel depuis 2021

Depuis le mois de septembre 2021, le Programme d’agrément universitaire de l’ICA permet aux futurs AICA et FICA d’être exemptés de certains examens professionnels et d’obtenir le titre d’AICA après :

  • Avoir obtenu un diplôme universitaire reconnu d’une université agréée par l’ICA:

    À l’UQAM, les étudiants voulant se prévaloir de cette possibilité devront suivre les cours du tableau ci-dessous. Il n’y a pas de note minimale à obtenir dans chacun des cours (sauf la note de passage). Tous les cours mentionnés sont des cours obligatoires du baccalauréat, sauf le ACT6100 – Analyse de données en actuariat. Ainsi, un diplomé en actuariat de l’UQAM ayant réussi le cours ACT6100 satisfera aux exigences.

Cours obligatoires pour l’agrément du diplôme par l’ICA
Numéro.du.cours Cours
STT1000 Statistique I
ECO1013 Microéconomie I
ECO1023 Macroéconomie I
ACT1200 Mathématiques financières I
SCO1250 Introduction aux sciences comptables
MAT1700 Probabilités I
ACT2060 Applications probabilistes des risques actuariels
ACT3035 Laboratoire d’actuariat
ACT3300 Mathématiques de l’assurance de personnes I
ACT3410 Distribution de sinistres
FIN3500 Gestion financière
ACT4300 Mathématiques de l’assurance de personnes II
ACT4310 Mathématiques de la finance actuarielle I
ACT4400 Modèles de survie
STT5100 Modèles linéaires appliqués
ACT5310 Mathématiques de la finance actuarielle II
ACT5400 Crédibilité
ACT6100 Analyse de données en actuariat
  • Avoir suivi deux modules de préparation administrés par l’ICA

    Tel que mentionné sur le site de l’ICA, les modules et l’Examen synthèse de niveau AICA font partie intégrante du parcours d’éducation menant à l’obtention du titre de membre associé de l’Institut canadien des actuaires (AICA). Ces éléments font le pont entre les études universitaires et le milieu de travail professionnel en consolidant les connaissances et compétences nécessaires pour mener une carrière fructueuse en actuariat. Le parcours comprend deux modules de niveau AICA :

    • Le Module 1 de niveau AICA, qui couvre des éléments liés à l’introduction à la profession, au contexte actuariel et à certains aspects des travaux actuariels ;
    • Le Module 2 de niveau AICA, qui aborde des approches actuarielle plus avancées et certaines applications contemporaines.

Tel qu’indiqué sur le site de l’ICA:

Il n’y a pas de conditions préalables pour l’inscription au module 1, mais les candidats et candidates devraient avoir complété un certain nombre de cours en actuariat s’ils ou elles sont inscrits dans un programme au sein d’une université agréée. On recommande d’entreprendre le module 1 de niveau AICA après la première ou la deuxième année d’études dans un programme agrée, mais on peut aussi l’entreprendre une fois les études terminées.

Les modules correspondent à des lectures, des vidéos è regarder, et des devoirs à remettre en ligne. Il n’y a pas d’examen à réussir.

  • Avoir réussi un examen synthèse administré par l’ICA

    Il s’agit d’un examen de deux jours, à livre ouvert, visant à évaluer la capacité des candidats à intégrer différentes notions actuarielles ainsi que certaines compétences de communication. Bien que cet examen de synthèse soit relativement récent dans le paysage actuariel canadien, les premiers retours indiquent qu’il est perçu comme exigeant. Cette perception est cohérente avec la tradition actuarielle, historiquement associée à des examens dont les taux de réussite étaient modérés et qui visaient une sélection rigoureuse des candidats. Les détails sur le contenu des modules et de l’examen de synthèse peuvent être trouvés ici.

    Selon les premiers retours que nous avons des étudiants, l’examen de synthèse nécessiterait un temps d’étude d’environ 200 à 300 heures. Le taux de passage est d’environ 50%.

5.3.1 Reconnaissance de l’UQAM par l’ICA

L’Institut canadien des actuaires (ICA) a mis en place un Programme d’agrément universitaire afin de reconnaître officiellement certains programmes universitaires en actuariat au Canada. Cet agrément vise à assurer que la formation universitaire offerte est conforme aux attentes de la profession actuarielle et qu’elle prépare adéquatement les étudiants au processus de qualification menant au titre d’Associé de l’ICA (AICA). Une université accréditée par l’ICA devient ainsi un partenaire formel de la profession, et ses diplômés peuvent accéder au parcours universitaire de qualification, sous réserve de satisfaire aux exigences définies par l’Institut:

  • Structure générale du programme

    Pour être admissible à l’agrément, une université doit offrir un programme structuré en actuariat menant à un diplôme reconnu, généralement un baccalauréat d’une durée minimale de trois ans ou une maîtrise spécialisée d’au moins un an. Le programme doit être clairement identifiable comme un programme d’actuariat, tant par son contenu que par ses objectifs pédagogiques. L’ICA s’assure que ce programme couvre l’ensemble des notions jugées fondamentales pour l’entrée dans la profession actuarielle. Il ne s’agit pas uniquement d’une juxtaposition de cours quantitatifs, mais d’un parcours cohérent visant l’acquisition progressive de connaissances théoriques, de compétences analytiques et d’aptitudes à l’application pratique.

  • Qualité académique et encadrement pédagogique

    L’agrément repose également sur des normes académiques élevées. L’université doit démontrer qu’elle applique des mécanismes rigoureux d’évaluation des étudiants, qu’elle assure l’intégrité académique et qu’elle dispose de politiques claires en matière d’éthique, de tricherie et de gestion des évaluations. Dans ce cadre, l’ICA peut demander l’accès à divers documents pédagogiques, tels que des plans de cours, des examens, des travaux et des grilles de correction, afin de vérifier que les standards académiques sont maintenus de façon uniforme et durable.

  • Corps professoral et exigences minimales de l’ICA

    L’agrément universitaire de l’ICA impose des exigences précises quant à la composition du corps professoral impliqué dans un programme d’actuariat. À tout le moins, l’université doit démontrer qu’elle dispose d’une masse critique de professeurs possédant une formation actuarielle reconnue et une implication durable dans le programme. Plus précisément, l’ICA exige que l’université emploie :

Mathieu Boudreault et Claude Pichet, professeurs Fellows de l’UQAM

  • au moins deux membres à temps plein du corps professoral détenant le titre de Fellow de l’ICA ou celui de membre associé de l’ICA. Ces professeurs constituent le noyau actuariel permanent du programme et assurent la stabilité institutionnelle de l’enseignement;

  • au moins un autre membre du corps professoral, à temps plein ou à temps partiel, détenant également un titre professionnel actuariel, dont la fonction principale consiste à enseigner l’actuariat ou qui maintient un programme actif de recherche en actuariat;

  • selon la taille et la croissance du programme, un nombre suffisant de professeurs à temps plein ou à temps partiel ainsi que de chargées et chargés d’enseignement, idéalement titulaires d’un titre professionnel actuariel ou dont les activités d’enseignement portent principalement sur les cours obligatoires du programme.

  • Responsable de l’agrément

    Chaque programme accrédité doit désigner un actuaire responsable de l’agrément. Cette personne doit être membre en règle de l’ICA et posséder une expérience professionnelle ou académique suffisante. Elle agit comme point de contact officiel entre l’université et l’ICA et veille à la conformité continue du programme avec les exigences de l’Institut. Ce rôle permet d’assurer un suivi institutionnel stable, même lorsque le programme évolue ou que des changements surviennent au sein du corps professoral.

  • Couverture du programme d’études et lien avec la qualification professionnelle

    L’université doit démontrer, à l’aide d’un mappage détaillé des cours, que son programme couvre adéquatement les matières exigées pour l’obtention du titre d’AICA. Ce mappage permet de montrer comment les différents cours contribuent à l’acquisition des compétences évaluées ultérieurement lors de l’examen de synthèse de l’ICA. L’accent est mis non seulement sur la maîtrise des concepts, mais aussi sur la capacité à les appliquer dans des contextes actuariels réalistes, en mobilisant l’analyse, la synthèse et le jugement professionnel.

  • Maintien et suivi de l’agrément

    L’agrément universitaire n’est pas accordé de façon permanente. Il fait l’objet de révisions périodiques, au cours desquelles l’ICA évalue si le programme respecte toujours les critères établis. L’université a l’obligation d’informer l’ICA de tout changement significatif touchant le programme, la structure des cours ou le corps professoral. Dans certains cas, un agrément provisoire peut être accordé, notamment lorsque certaines conditions doivent encore être satisfaites ou l

5.3.2 Évaluation du nouveau système d’examens préliminaires

La réforme du parcours de qualification des examens préliminaires en actuariat, mise en place à partir de l’automne 2021, repose sur un ensemble cohérent de motivations que l’on peut regrouper autour de quatre grands axes.

  • Reconnaissance et modernisation de la formation universitaire
    • Reconnaissance de la qualité et de la maturité des programmes universitaires canadiens en actuariat.
    • Modernisation d’un modèle historiquement fondé sur des examens professionnels conçus avant l’implantation de la formation universitaire.
    • Alignement partiel avec d’autres professions réglementées (comptabilité, droit, médecine).
  • Cohérence pédagogique et adaptation à la pratique
    • Capacité accrue d’adapter rapidement les contenus aux évolutions de la pratique actuarielle.
    • Réduction de la duplication entre cours universitaires et examens professionnels.
    • Accent mis sur la compréhension des enjeux contemporains et le perfectionnement professionnel continu.
  • Réduction des coûts et du temps de qualification
    • Diminution substantielle du coût total de la formation extra-universitaire.
    • Raccourcissement du délai moyen entre l’entrée au baccalauréat et l’obtention du Fellowship.
    • Simplification du cheminement vers les titres professionnels.
  • Autonomie institutionnelle et enjeux stratégiques
    • Difficultés croissantes d’arrimage entre les programmes de l’ICA et ceux de la SOA et de la CAS.
    • Absence de reconnaissance mutuelle de certains programmes d’agrément universitaire.
    • Volonté de mettre fin à la dépendance structurelle envers des organismes externes.
    • Réaction à l’implantation de programmes d’agrément universitaires concurrents par la SOA.

Dans l’ensemble, cette réforme vise à établir un parcours de qualification plus cohérent, plus accessible et mieux adapté à la réalité contemporaine de la profession actuarielle au Canada. La simplification du système d’examens préliminaires représente un allègement important du parcours de qualification pour les étudiantes et étudiants en actuariat. Avec le recul, on peut légitimement se demander pourquoi une telle réforme n’a pas été adoptée plus tôt. Il importe toutefois de rappeler que l’évolution des conditions de qualification à l’ICA dépend ultimement des décisions prises par ses membres. Or, dans toute profession, ces décisions sont inévitablement influencées par les parcours vécus par celles et ceux qui ont déjà traversé le système en place.

5.3.3 Résistance au changement des actuaires

Il est humain, lorsqu’on a soi-même traversé un cheminement long et exigeant, de percevoir toute simplification ultérieure comme une forme d’injustice ou de dévalorisation de l’effort consenti. Ce type de réaction se retrouve dans de nombreux milieux professionnels où l’accès à la profession repose sur des exigences élevées et des parcours de qualification rigoureux. Il peut conduire à une certaine réticence face aux réformes, même lorsque celles-ci visent à mieux refléter l’évolution des connaissances, des pratiques professionnelles ou des réalités pédagogiques.

Dans le cas de l’actuariat, ce phénomène a constitué l’un des obstacles que l’Institut canadien des actuaires a dû surmonter au cours des dernières années. La réforme du système de qualification s’est ainsi heurtée à des attentes, des références et des expériences professionnelles très diverses au sein de la communauté actuarielle. Cette situation contribue à expliquer pourquoi les changements ont été introduits de manière graduelle, en plusieurs étapes, et étalés sur une période relativement longue, afin de permettre une transition progressive et de limiter les ruptures avec les parcours antérieurs.

Pour la nouvelle génération

Cette réforme peut aussi être comprise comme un point de réflexion pour les cohortes actuelles. Les exigences professionnelles évoluent avec le temps, et il est possible que certaines composantes aujourd’hui jugées nécessaires — y compris au niveau des examens avancés — soient appelées à être repensées à leur tour. La capacité d’une profession à se renouveler repose alors sur la faculté de distinguer la valeur réelle des exigences de la simple reproduction de difficultés héritées du passé.

5.3.4 Entrevue avec Bruno Gagnon

Bruno Gagnon, FICA

L’ancien chargé de cours de l’ACT1050, Bruno Gagnon, a été fortement impliqué dans la réflexion ayant mené à la modification du système d’examen de l’Institut canadien des actuaires (ICA). Dans une entrevue accordée au balado Voir au-delà du risque de l’ICA, il revient sur son parcours professionnel et sur son engagement au sein des comités d’examen, engagement motivé en partie par les limites qu’il percevait dans le système traditionnel d’évaluation. L’entrevue audio est disponible ici et fait également l’objet d’une transcription.

Gagnon y décrit notamment les difficultés liées à des examens fortement axés sur la mémorisation et la restitution de listes de concepts, où la capacité d’analyse et le jugement professionnel sont parfois difficiles à évaluer de façon cohérente. Selon lui, ce type de format peut mener à une correction plus subjective et à une faible différenciation entre une compréhension superficielle et une réelle maîtrise des enjeux actuariels. Ces constats l’ont amené à s’impliquer directement dans la rédaction et la révision des examens, puis à participer à la conception de nouvelles approches d’évaluation.

Son rôle a été particulièrement marquant dans le développement des cours orientés vers la pratique de l’ICA, où l’objectif était de mieux refléter la réalité du travail actuariel. Il y défend une formation davantage centrée sur la compréhension des mécanismes, l’analyse de situations complexes et l’application concrète des connaissances, plutôt que sur la seule réussite d’épreuves standardisées. L’entrevue aborde aussi, plus largement, l’évolution des attentes envers la profession, notamment en lien avec la diversification des compétences, l’importance croissante du jugement professionnel et l’adaptation de la formation aux transformations du milieu actuariel.

Implication des professeurs de l’UQAM

Il est pertinent de souligner que plusieurs professeurs de l’UQAM sont directement impliqués dans l’élaboration des questions de l’examen de synthèse de l’Institut canadien des actuaires (ICA). Cette participation se fait notamment à travers leur engagement au sein de comités de rédaction, de révision et de validation des examens. Cette implication contribue à assurer une certaine cohérence entre les contenus enseignés à l’université, les compétences évaluées lors du processus de qualification professionnelle et les attentes réelles de la pratique actuarielle. Elle favorise également une rétroaction continue entre le milieu académique et les instances professionnelles, permettant d’ajuster progressivement les approches pédagogiques et les méthodes d’évaluation en fonction de l’évolution de la profession.

5.4 Examens avancés en 2026

Bien que le système d’examens préliminaires aient été simplifiés, le système d’examens avancés indépendant du parcours académique universitaire tient toujours. Alors que les examens avancés étaient administrés par la SOA pour le domaine des régimes de retraite, de l’assurance-vie et de l’assurance collective, les examens avancés dans le domaine de l’assurance IARD étaient administrés par la CAS, une autre association. En pratique, cela fait en sorte qu’on retrouve des Fellow de la SOA (FSA) et des Fellows de la CAS (FCAS). Il est toujours possible de faire les examens avancés de la SOA et de la CAS, mais l’ICA propose maintenant des examens avancés.

Les examens des 5 grands domaines de l’actuariat

Chaque volet est composé de deux modules FICA en ligne et de trois examens FICA à livre ouvert. Les modules et les examens permettent à des candidats et candidates issus d’un large éventail de formations et d’horizons professionnels d’acquérir et d’appliquer des connaissances générales et spécifiques aux différents volets grâce au système de gestion de l’apprentissage et à la plateforme d’examen virtuelle de pointe offerts par l’ICA. Ces programmes d’études, combinés à l’expérience requise, prépareront ultimement les candidats et candidates à être admis comme Fellows de l’ICA. On peut consulter la liste des examens à réussir dans le tableau suivant.

Parcours Examens
Volet Assurance vie individuelle et rentes (AIR) F1AIR : Finance et évaluation

F2AIR : Conception et tarification des produits

F3AIR : Gestion des risques
Volet Assurances IARD (IARD) F1IARD : Tarification

F2IARD : Estimation des sinistres non réglés et rapports financiers en vertu de la norme IFRS 17 – Contrats d’assurance

F3IARD : GRE, modélisation du capital économique, et simulation de crise et analyse de scénarios
Volet Prestations collectives (COL) F1COL : Conception de produits et contexte des prestations collectives

F2COL : Tarification des prestations collectives

F3COL : Réserves relatives aux prestations collectives
Volet Finances, placements et GRE (FPG) avec option pour le secteur bancaire F1FPG : Produits financiers

F2FPG : Évaluation et considérations financières

F3FPG : Gestion des risques ou

F3BNC : Applications bancaires
Volet Prestations de retraite (RET) F1RET : Capitalisation et réglementation des régimes de retraite

F2RET : Rapports financiers

F3RET : Gestion du risque relatif aux prestations de retraite

Dans l’ancien système, l’obtention du titre de Fellow de l’Institut canadien des actuaires reposait non seulement sur la réussite des examens avancés dans l’un des domaines de spécialisation, mais également sur des exigences explicites de formation pratique et d’expérience professionnelle. Ces exigences demeurent essentiellement en place dans le système actuel, bien que leur formulation et leur intégration aient été modernisées dans le cadre des parcours de qualification de l’ICA.

Concrètement, pour devenir Fellow de l’ICA (FICA), un candidat doit toujours :

  • satisfaire aux exigences menant au titre d’Associé (AICA/ACIA) et compléter les examens ou modules avancés propres à son domaine de spécialisation ;
  • compléter des modules de formation professionnelle et de professionnalisme administrés par l’ICA, qui remplacent l’ancien cours orienté vers la pratique distinct et sans examen ;
  • démontrer un critère général d’expérience, soit 36 mois (3 ans) d’expérience pratique en actuariat à temps plein (35 heures par semaine), acquis au cours des six années précédant la demande ;
  • satisfaire un critère d’expérience canadienne, soit 12 mois-personnes d’expérience actuarielle canadienne à temps plein, acquis au cours des trois années précédant la demande, et attesté conformément aux règles de l’ICA.

Ainsi, bien que la structure des parcours et la nature des évaluations aient évolué, le principe fondamental demeure inchangé : l’accès au Fellowship repose toujours sur une combinaison de formation avancée, de professionnalisme et d’expérience pratique significative, incluant une exposition spécifique au contexte canadien.

Autres parcours

Dans ce chapitre, seule la voie de qualification par le système canadien et l’ICA est présentée. D’autres parcours de qualification demeurent toutefois possibles. Historiquement, une grande partie des actuaires au Canada ont accédé à la profession en réussissant les examens préliminaires de la CAS ou de la SOA, puis en complétant une série d’examens avancés administrés par ces mêmes organisations. En 2026, l’obtention du titre de Fellow de la SOA (FSA) ou de la CAS (FCAS) permet toujours d’accéder au titre de Fellow de l’ICA (FICA), sous réserve de la réussite de certaines exigences canadiennes, telles que des cours de professionnalisme ou un examen de qualification.

Par choix pédagogique, ces parcours alternatifs ne sont pas abordés dans ce cours. Les étudiants intéressés peuvent toutefois consulter le site de l’ICA pour obtenir de l’information détaillée sur ces voies parallèles.

5.5 Étudier tout en ayant un emploi

On comprend qu’en pratique, le titre d’Associé de l’ICA s’obtient après l’achèvement du baccalauréat, à la suite de la réussite de l’examen de synthèse administré par l’ICA. Il est donc typique qu’un diplômé en actuariat doive préparer cet examen après avoir déjà intégré le marché du travail dans un poste actuariel. Une fois le titre d’Associé obtenu, le parcours se poursuit avec la réussite des examens avancés. La conciliation entre les exigences professionnelles, les études et la vie personnelle constitue alors une caractéristique structurante du cheminement actuariel. Cette réalité fait partie intégrante de la profession et pourra notamment être illustrée par des témoignages de conférenciers invités dans le cadre du cours.

Les examens avancés de l’ICA étant relativement récents dans le paysage canadien, il demeure difficile d’en évaluer précisément le niveau de difficulté et la charge d’étude requise à partir de données historiques propres à l’ICA. Toutefois, dans leurs premières versions, ces examens ont été conçus en s’inspirant très étroitement des examens avancés de la SOA et de la CAS. Il est donc raisonnable de supposer que les exigences d’étude et le niveau de difficulté soient comparables.

À titre indicatif, la préparation d’un examen avancé nécessite généralement de l’ordre de 400 heures d’étude, et les taux de réussite observés devraient se situer entre 40% et 60 % des candidats. L’investissement requis est conséquent, et une proportion importante des Fellows actuellement sur le marché du travail a connu au moins un échec à un examen au cours de son parcours. Afin de favoriser la réussite, les employeurs accordent habituellement des journées d’étude rémunérées, souvent de l’ordre de 10 à 15 jours par examen avancé. En cas d’échec, ces congés d’étude sont généralement accordés de nouveau pour une reprise. La réussite d’un examen est par ailleurs fréquemment accompagnée d’une augmentation salariale significative.

5.5.1 Durée du parcours actuariel

Les ordres de grandeur associés à la durée typique du parcours actuariel — souvent désignée par le terme travel time — sont présentés dans le tableau suivant (voir Actuarial Lookup ou Coaching Actuaries pour plus de détails). Ces durées varient naturellement de façon importante selon plusieurs facteurs personnels, et selon le support des différents employeurs.

Les statistiques publiées par la SOA et la CAS reposent sur des données agrégées qui incluent à la fois des candidats américains et canadiens. Il n’est toutefois pas possible, à partir des données publiques disponibles, d’isoler uniquement les candidats canadiens afin de produire des courbes ou des tableaux spécifiques à ce sous-groupe. Par ailleurs, le programme de qualification propre à l’ICA étant relativement récent, il n’existe pas encore de données historiques suffisantes permettant d’estimer ou d’analyser la durée typique du parcours dans le cadre strictement canadien. Les informations présentées ici doivent donc être interprétées comme des ordres de grandeur, et non comme des estimations précises du temps requis pour compléter le parcours de qualification de l’ICA.

Examens de la Society of Actuaries (SOA)

Le graphique et le tableau présentent les distributions cumulées du temps de parcours (travel time), mesuré en années, pour différentes étapes de qualification au sein du système de la SOA. Le temps de parcours correspond au nombre d’années nécessaires pour compléter un ensemble donné d’examens ou pour obtenir une désignation particulière. Il est important de souligner que l’augmentation progressive des temps de parcours observée d’une catégorie à l’autre est structurellement normale. Les désignations ASA, FSA et CERA s’inscrivent dans un parcours séquentiel : un candidat doit d’abord réussir les examens préliminaires, puis obtenir le titre d’ASA, avant de pouvoir accéder aux désignations avancées telles que FSA ou CERA. Les temps de parcours présentés sont donc cumulatifs par nature.

Les examens préliminaires sont généralement complétés sur un horizon plus court, avec une médiane d’environ trois ans - ce qui correspond à la durée de réussite d’un programme de baccalauréat en actuariat, au Québec. Une fois les examens préliminaires complétés, le graphique indique toutefois que l’obtention du titre d’ASA implique encore plusieurs années additionnelles pour une proportion importante des candidats, soit environ 2 ans de plus en moyenne. Après l’obtention du titre d’ASA, les candidats peuvent s’attendre à un investissement en temps d’un peu plus de 2 ans avant d’atteindre une désignation avancée comme FSA ou CERA.

On peut aussi consulter l’évolution de la moyenne à travers le temps, en fonction de la date de réussite du premier examen. Tel qu’indiqué dans la légende du bas du graphique:

Chaque courbe du graphique ci-dessus (graphique de droite) représente le temps de parcours moyen pour l’ensemble des candidats ayant réussi leur premier examen à la date indiquée sur l’axe des abscisses. Ce graphique présente nécessairement une pente descendante, puisque la complétion d’un ensemble d’examens débuté plus récemment ne peut, par définition, s’être étalée que sur une période plus courte que celle d’un parcours commencé plus tôt.

La présence de données censurées est un phénomène bien connu en assurance et fait partie intégrante des notions abordées dans le cours ACT4400 – Modèles de survie. Ce type de situation survient notamment lorsque l’observation d’un phénomène est incomplète en raison de contraintes temporelles ou institutionnelles. Il est donc intéressant de constater que certains documents produits dans un contexte actuariel ne traitent pas explicitement ou adéquatement ce type de censure, alors même que les outils conceptuels nécessaires à son analyse sont largement connus et enseignés dans la discipline.

Examens de la Casualty Actuarial Society (CAS)

Les mêmes deux graphiques sont aussi disponibles, pour la CAS. On y voit que le temps de réussite pour devenir Fellow de la CAS est plus élévé que pour la SOA. Cela s’explique par le fait que la CAS demande un examen avancé supplémentaire que pour la SOA.

On voit donc aussi l’évolution de la moyenne à travers le temps, en fonction de la date de réussite du premier examen.

5.6 Discussion sur l’avenir des examens avancés

La question de l’intégration éventuelle de la formation menant aux examens avancés d’actuariat dans le système universitaire mérite d’être examinée avec nuance et rigueur. Il ne s’agit pas d’un enjeu strictement pédagogique, mais d’un choix structurant pour la profession actuarielle, qui touche à la formation, à la reconnaissance institutionnelle et à l’identité même de la profession.

5.6.1 Avantages

Du point de vue des avantages potentiels, une telle intégration s’inscrirait dans une tendance observée dans plusieurs autres professions réglementées. En médecine, en droit, en comptabilité ou en ingénierie, la formation avancée repose largement sur des programmes universitaires structurés, combinant acquisition de connaissances théoriques, études de cas, travaux appliqués et évaluations diversifiées. Dans ces disciplines, les examens professionnels existent toujours, mais ils interviennent généralement en complément d’une formation universitaire avancée, et non comme principal vecteur de qualification.

Dans cette perspective, l’intégration universitaire des examens avancés pourrait favoriser une formation plus cohérente, mieux articulée et plus progressive. Elle permettrait également de diversifier les modes d’évaluation, en réduisant la dépendance à des examens ponctuels à fort enjeu, au profit de projets, d’analyses de données, de travaux de synthèse et d’évaluations continues. Un tel modèle pourrait mieux refléter la réalité contemporaine de la pratique actuarielle, qui repose de plus en plus sur le jugement professionnel, la communication et l’analyse de situations complexes.

Par ailleurs, une formation avancée intégrée à l’université pourrait contribuer à renforcer la reconnaissance académique de l’actuariat comme discipline à part entière, plutôt que comme simple application des mathématiques ou de la statistique. À long terme, cela pourrait favoriser le développement de programmes de cycles supérieurs plus directement ancrés en actuariat, renforcer les liens entre recherche et pratique, et accroître le prestige institutionnel de la profession.

Un autre avantage important d’une telle intégration réside dans la clarification de la transition entre les études et la carrière professionnelle. En concentrant l’essentiel de la formation et des exigences évaluatives à l’intérieur du parcours universitaire, les nouveaux diplômés pourraient entrer sur le marché du travail avec un bagage professionnel plus complet, sans devoir maintenir pendant plusieurs années un double engagement entre le développement de leur carrière et la préparation d’examens avancés. Une séparation plus nette entre la phase de formation et la phase de pratique pourrait ainsi favoriser une insertion professionnelle plus fluide, permettre un investissement plus soutenu dans l’apprentissage en milieu de travail, et réduire la charge cognitive et organisationnelle qui caractérise actuellement les premières années de la carrière actuarielle.

5.6.2 Défis

Toutefois, cette avenue soulève également des défis importants. Dans l’état actuel des choses, une proportion significative des professeurs impliqués dans les programmes d’actuariat proviennent essentiellement des mathématiques ou des statistiques, et s’intéressent parfois davantage aux aspects formels qu’aux réalités concrètes de la pratique actuarielle. Une intégration complète de la formation avancée exigerait donc un effectif professoral plus diversifié, incluant un plus grand nombre d’actuaires expérimentés directement impliqués dans l’enseignement.

Or, contrairement à ce que l’on observe dans certains pays européens, une grande partie des actuaires les plus qualifiés en Amérique du Nord ne détiennent pas de diplômes de maîtrise ou de doctorat en actuariat. Cette réalité limite leur admissibilité aux fonctions professorales traditionnelles, qui incluent la recherche, la supervision d’étudiants aux cycles supérieurs et la production scientifique. Une transition vers un modèle universitaire plus avancé nécessiterait donc des ajustements institutionnels importants, tant du côté des universités que de la profession elle-même.

Il demeure néanmoins pertinent de souligner qu’en l’absence de réflexion et d’expérimentation, ces enjeux risquent de se reproduire indéfiniment. Repousser systématiquement la discussion au motif des contraintes actuelles pourrait conduire à une situation où, dans plusieurs décennies encore, la qualification actuarielle reposerait principalement sur des formations à distance et des examens externes, ce qui pose inévitablement la question du positionnement et du prestige de la profession dans l’écosystème des professions réglementées. En ce sens, la question de l’intégration universitaire des examens avancés ne se résume pas à un choix binaire, mais à un débat de fond sur l’évolution souhaitée de la formation actuarielle, sur l’équilibre entre exigences professionnelles et reconnaissance académique, et sur la manière dont la profession entend se projeter à long terme.

5.7 Conclusion

Ce chapitre a montré que l’adhésion à l’ICA s’inscrit dans un parcours de qualification qui dépasse largement le diplôme universitaire. Il a mis en évidence la distinction entre les examens préliminaires, désormais étroitement liés à la formation universitaire, et les examens avancés, qui demeurent centrés sur la pratique, le professionnalisme et l’expérience. L’ensemble permet de comprendre que la formation actuarielle au Canada résulte d’un équilibre entre reconnaissance académique, exigences professionnelles et évolution historique du modèle de qualification.


Question de révision